Enfance

« J’ai reçu ma mesure du don d’aimer
Mais dès l’enfance
les gens
sont dressés à travailler.
Pour moi –
Je ripais sur la rive du Rion
et je traînais
à ne fichtre rien de rien.
Maman se fâchait :
« Le vilain garnement ! »
Papa me menaçait de ses coups de ceinture
Et moi,
me procurant un faux billet de trois roubles
j’allais derrière l’enclos taper la carte avec la troupe.
Sans le poids des chemises,
sans le poids des chaussures,
me rôtissant au feu de Koutaïssi,
je tournais au soleil tantôt mon dos,
tantôt ma panse –
jusqu’à ce que, sur l’estomac, il me cotisse.
Le soleil s’ébahissait.
« c’est haut comme trois pommes !
Mais le coeur
est accroché.
Il le met en quatre.
d’où vient-il
qu’il y ait
dans cette archine
place
pour moi,
pour le fleuve
et pour cent verstes de rochers ?! »

Vladimir Maïakovski

Poème « Enfant »
Extrait de « J’aime » in « A pleine voix »
Anthologie poétique 1915-1930
Traduction de Claude Frioux/ NRF/Poésie/ Gallimard

Archine : mesure traditionnelle russe équivalent à 0,71 mètres.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s